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Prodigieux Nadal
A tout juste 19 ans, l'Espagnol Rafael Nadal a remporté l'édition 2005 des Internationaux de France de Roland-Garros
Mariano Puerta a à son tour déposé les armes face à Nadal qui s'est imposé 6-7 (6) 6-3 6-1 7-5. Annoncé favori bien avant le début du tournoi, le prodige a mis tout le monde d'accord au terme d'une finale de grande qualité. Le tombeur du N.1 mondial (Federer) signe son 1er titre en Grand Chelem, probablement le premier d'une longue série.
Un match plus équilibré que prévu
Nadal qui a eu la chance ou le mérite de remporter tous ses matches précédents en maximum quatre sets, était le plus frais physiquement. De son côté, Puerta, qui ne faisait pas partie des têtes de série, a été très accroché par des poids lourds comme Canas ou Davydenko, Puerta a puisé dans ses ressources pour rejoindre cette finale et a bien failli tromper les pronostics.
La rencontre débutait comme un grand nombre de spécialistes l'avait prévu: Nadal breakait en trois minutes. Mais Puerta, grâce à un coup droit qui ne l'a jamais trahi dans ce tournoi, relançait le combat. Mené 1-3 et 15-40 sur son service, il faissait alors appel au soigneur pour une cuisse semble-t-il douloureuse. Info ou intox, toujours est-il qu'une fois de retour sur le court, Puerta est parvenu à déstabiliser son jeune adversaire, remontant son retard dans le jeu. Logiquement, les deux hommes se disputaient un tie-break d'une qualité très relevée ave essentiellement des points gagnants. A ce petit jeu, Puerta a eu le dernier mot (7-6 (8-6).
La pression se situait alors du côté du grand favori, qui ne s'attendait pas à trouver une si grande résistance. Cette première finale à Roland-Garros opposant deux gauchers, était donc plus équilibrée que prévu, mais le prodige espagnol reprenait rapidement des couleurs. Usant largement de son lift, et n'hésitant pas à casser le rythme de Puerta par des soudaines accélérations, Nadal menait rapidement 4-1. L'écart était trop important pour l'Argentin qui s'inclinait 6-3 après 1h52 mn.
Au bon souvenir de Wilander
La troisième manche était à l'image du parcours de l'Espagnol lors de cette Quinzaine: un vrai récital, malgré la bonne volonté d'un Puerta qui, physiquement, lâchait prise peu à peu. Après un premier break, Nadal mené 15-40 sur son service à 3-1, renversait la situation pour prendre le large à 4-1. Une fois encore, Puerta lâchait prise et Nadal enlevait la trosième manche sur une double faute de Puerta.
La rencontre repartait de plus belle avec un break de Puerta, et le public croyait assister à un retour de l'inépuisable Mariano Puerta. Mais c'était sans compter sur la rage de Nadal, digne successeur d'un Jimmy Connors dans le tempérament en tout cas. A son tour, Puerta variait son jeu de congenur, auteur notamment d'amorties et de passings efficaces. L'Argentin pensait même égaliser à deux sets partout après avoir repris le service de l'Espagnol et se procurant trois balles de set. Suite à ce coupd de force, Nadal prenait définitivement l'ascendant, et sous les yeux du Roi Juan Carlos d'Espagne, remportait le match dès la première occasion 6-7 (6), 6-3, 6-1, 7-5.
Classé 5e mondial avant la fin de cette Quinzaine parisienne, le joueur de Majorque a remporté pas moins de cinq tournois cette saison (Costa do Sauipe, Acapulco, Monte-Carlo, Barcelone et Rome). Le dernier à avoir survolé à ce point les débats sur terre, Thomas Muster, s'était imposé à Roland-Garros en 1995, il y a tout juste dix ans. Nadal est aussi le digne successeur d'un géant de la planète tennis : Mats Wilander, dernier vainqueur du tournoi (1982) à s'être imposé dès sa première participation.
Nadal: "Un rêve qui devient réalité"
"C'est un rêve qui devient réalité. Mariano est un joueur difficile, il a fait un match formidable aujourd'hui, a déclaré le vainqueur tout sourire. Tous les joueurs espagnols veulent gagner Roland-Garros. Le Roi m'a félicité, je voudrai le remercier pour sa présence ainsi que la Reine et les autorités espagnoles. Je n'oublie pas ma famille,mon équipe, mon oncle (son, entraîneur). Sans lui, cela n'aurait pas été facile de gagner ici. Merci au public qui a été formidable toute la Quinzaine." Et de raconter: "Quand je suis monté dans les tribunes, c'était un grand moment. Pour la première fois de ma carrière, j'ai pleuré. Je ne pensais pas pleurer, mais quand j'ai vu ma famille émue, je n'ai pas pu m'en empêcher. Cela ne m'était jamais arrivé. Tu vois tes sacrifices, ton travail récompensé. Pour moi, ça signifie aussi que je prends place aux côtés de tous les grands joueurs qui ont gagné ici. J'ai lutté sur chaque point. Quand j'étais en difficulté, je n'ai pensé qu'à me battre. Le "fighting spirit", ça doit être de famille. Mon oncle (son entraîneur Toni Nadal) et ma famille n'ont cessé de me répéter: "lutte, n'abandonne jamais, ne lâche rien". J'ai très bien joué sur les balles de set (de Puerta dans la quatrième manche). Puerta m'a beaucoup fait courir. C'est le match où j'ai le plus couru. Mais je m'y attendais car il joue très agressif et frappe très fort." Mais sa vie ne s'arrête pas à ce match et à ce premier succès en Grand Chelem: "Je m'envole dès demain pour Halle (Allemagne). Je vais préparer Wimbledon. Là-bas, je ne serai pas favori. Je vais essayer de progresser sur herbe. J'aime bien jouer sur cette surface, même si ce n'est pas ma meilleure. Il faut que je change certaines choses. Avec le service que j'ai en ce moment, j'aurai des problèmes à chaque match. Quant à la volée, on ne peut rien espérer sur herbe si on n'en a pas une".
De son côté, Puerta a tenu à féliciter son adversaire. "Rafael est un grand joueur, c'est le meilleur sur terre. Merci au public qui m'a bien soutenu et particulièrement aux Argentins, merci à Buenos-Aires ! J'ai commencé un retour il y a quelques semaines, je n'ai pas tout de suite gagné, mais je suis sur la bonne voie", a conclu Puerta, qui a tenu à rendre un très grand hommage à son vainqueur du jour: "J'ai fait un très bon match, mais Nadal a mieux joué que moi. Il a été plus précis, plus fort physiquement. Il a eu du mérite sur mes trois balles de set (à 5-4) au quatrième set. Ca m'a vraiment surpris qu'il arrive à ramener certaines de mes volées à ce moment-là. Il a des jambes incroyables, une force impressionnante dans les jambes. J'aurais bien aimer disputer un cinquième set. Pour moi et le public, qui a été incroyable. J'ai failli le faire, ce que personne n'a réussi ici. Je l'ai vu douter. On ne l'avait pas vu douter depuis le début de la semaine." Chez l'Argentin, le doute va s'envoler désormais: "Avoir joué cette finale va tout changer dans ma tête. Je vais désormais partir sur les tournois en pensant que je peux les gagner. Mes objectifs vont changer. Si je continue à bien jouer, je pourrais peut-être jouer le Masters en fin d'année, ce serait un rêve pour moi. Je suis vraiment très content, je veux continuer dans cette voie. J'avais d'une certaine manière déjà gagné en me qualifiant pour la finale. Ca me rend également fier d'avoir été le dernier Argentin en lice. Je suis fier de ces deux semaines. J'ai ressuscité. J'ai fait
des choses que peu auraient pu faire. Je m'en vais très heureux et pas du tout amer. Si j'avais eu un autre joueur en face de moi aujourd'hui, j'aurais pu gagner. Mais là, c'était le meilleur joueur du monde sur terre battue."